L’Isola Disabitata Manuel Garcia (2011)

Opéra de salon de Manuel Garcia (1831)
Recréation française

Direction musicale : Denis Segond
Piano : Ariane Saguet
Mise en scène : Grégory Cauvin
Costumes : Danièle Barraud

Avec : Léa Sarfati (Costanza), Omo Bello (Sylvia), Manuel Nunez Camelino (Gernando), Ronan Debois (Enrico).

 

Lorsqu’on évoque L’Isola Disabitata, on pense instantanément à Joseph Haydn qui a composé en 1779 une « action théâtrale » particulièrement efficace dont la forme contraste avec les opéras habituellement composés au 18ième siècle. Mais il faut savoir qu’il n’avait pas été le premier à s’ intéresser au livret de Métastase. Une intrigue qui se déroule sur une île déserte, et permet de réunir deux couples d’amoureux, avait tous les ingrédients pour séduire les compositeurs à la recherche d’histoires rocambolesques et sentimentales. Moins d’un siècle plus tard, c’est ce même argument que choisit Manuel Garcia pour créer l’un de ses cinq opéras de salon.

On connaît surtout Manuel Garcia comme chanteur. Grand interprète de Mozart et de Rossini , il a été le créateur du rôle d’Almaviva dans Le Barbier de Séville en 1816 ou encore de Don Juan dans l’opéra éponyme de Mozart lors de sa première américaine (à l’invitation de Da Ponte). On le connaît également pour avoir été le père de deux grandes cantatrices : Pauline Viardot et Maria Malibran. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il a également dirigé une troupe lyrique – engageant ses propres filles – et composé des opéras. Peu d’entre eux ont réussi à traverser les époques suivantes car ils s’ inscrivent davantage dans la tradition belcantiste que dans une recherche d’innovations sonores, mais ils offrent néanmoins de bel les pages de musique met tant en valeur le talent de leurs interprètes.
Dans L’Isola Disabitata, dont le sous-titre « opéra de salon » souligne bien la destination de son exécution, Garcia opère avec une économie de moyens propre à insister sur le jeu vocal et théâtral des chanteurs. Pas d’orchestre, juste un piano pour accompagner unquatuor vocal : deux soprani, un ténor et un baryton. Et les récitatifs, airs, duo, quatuors s’enchaînent pour mettre à rude épreuve leur agilité vocale. Il ne faut pas oublier qu’au moment où Garcia crée cette oeuvre, il enseigne à Paris (où d’ailleurs il meurt un an plus tard) et cherche à entraîner ses élèves à travers des ouvrages spécialement conçus pour eux. On sait d’ailleurs que L’Isola a été composée sur le coin d’un piano, entre deux cours : le manuscrit témoigne des arrêts, des corrections apportées au fur et à mesure des leçons. C’est à Pauline Viardot que l’on doit d’avoir légué la partition à la BNF afin que ce petit exercice d’étudiant ne tombe pas dans l’oubli.

On pourrait finalement se demander l’intérêt de monter cette oeuvre aujourd’hui. D’abord, la forme ne peut que nous séduire car il y a une réel le modernité de Garcia en concevant un opéra de chambre à l’heure où les oeuvres à gros effectif sont très appréciées. D’autre part, tout en considérant qu’il n’y a rien de révolutionnaire dans les numéros musicaux, on ne peut que savourer la qualité de nombreux moments qui rappellent les pages éclatantes d’un Rossini ou d’un Bellini . Enfin, une histoire évoquant de jeunes amants qui luttent pour se retrouver nécessite, pour être touchante, de jeunes interprètes afin de croire à la fiction, c’est qui n’est pas toujours le cas à l’opéra.

Or, bien que les exigences vocales soient très élevées, la partition a été conçue pour de jeunes voix propres à incarner du mieux possible l’intrigue qui se déroule devant nos yeux. A l’heure où l’on remet au jour de nombreux ouvrages baroques, plongeons-nous également dans la redécouverte de petits joyaux du belcanto, véritables odes à la voix lyrique.


 

Durée : 1h15 environ

Représentations :

  • Grand auditorium du CNRR de Nice
  • Centre culture de la Providence à Nice